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Jeux à deux

Elle

J’ai froid. La douleur s’éloigne. Les petites fourmis, les picotements dans mes extrémités aussi. Tout s’éloigne. Tout s’en va. Il me reste encore ce bourdonnement dans les oreilles, un peu lointain. Mais là aussi ça s’estompe maintenant. Tout s’efface. La vie me quitte. Quel soulagement, c’est enfin terminé.

Lui

C’est la fin. Elle est en train de s’éteindre. Vite, avant que je ne puisse plus lui parler, je me penche à son oreille. J’aurais voulu avoir le temps de réfléchir à ce que j’allais lui dire mais c’est trop tard.

« Je t’aime ma jolie. Tu m’as beaucoup apporté, ne l’oublie pas. J’espère que je serai la dernière chose que tu garderas dans tes pensées. Je te garderai avec moi, vraiment. Tu ne me quitteras jamais complètement. Merci. »

***

Six mois plus tôt.

Lui

Ça y est. Je l’ai trouvée. Elle est là, dans ma rue ! Depuis que le temps que je la cherchais, je viens de la trouver et elle était juste là, dans la même rue que moi, à trois immeubles d’ici ! La femme de ma vie !!! Enfin, je crois. Reste à l’aborder et ça, ce n’est pas une mince affaire.

Elle
J’ai dû appeler Emma pour lui raconter ! J’ai croisé un type aujourd’hui à la boulangerie d’en face, trop craquant ! Ho le canon ! Il m’a mangée des yeux !!! Je savais que cette nouvelle robe allait faire des ravages. Dès qu’il fait beau, même s’il fait encore un peu froid, je ne peux pas attendre de ressortir mes petites robes d’été … et j’ai bien fait ! J’espère que je le rencontrerai à nouveau. Il faut que je trouve une excuse pour l’aborder à la prochaine occasion et ne pas louper le coche… Moi qui désespérais de rencontrer quelqu’un en m’installant dans cette ville où je ne connais personne…
Allez Steph, reprends-toi ! Tu es grande, tu peux te débrouiller seule ! Tu as l’indépendance, l’appart, le job : trouve l’amour, sois heureuse et prouve à tous ces péquenauds de ton trou perdu d’origine que tu es capable de faire ta vie seule et d’en faire quelque chose de bien ! 

J’aimerais bien qu’ils soient un peu jaloux de ma réussite, de ma situation, tous ces cons ! Si je me dégotais un mari aussi canon que le mec de ce matin, elles en seraient toutes vertes de jalousie les pétasses de Villers-Le-Duc.
Je tire un peu trop vite des plans sur la comète. Faudrait déjà commencer par croiser une nouvelle fois le bel inconnu qui me dévore des yeux… En plus la période est vraiment propice, je le sens ! C’est la fin du printemps, le cerisier de la place Saint Antoine de Padoue est en fleurs. Il commence à perdre ses fleurs d’ailleurs. J’adore cette période de l’année ! J’appelle ça la neige d’été, c’est tellement beau ! Je m’imagine bien me marier à cette saison et sortir de l’église sous une pluie de pétales de cerisier…

***

Lui
J’ai vu la jolie demoiselle à midi. Je l’ai aperçue quand je suis allé chercher mon courrier. Elle rentrait chez elle, sans doute pour manger. Elle ne doit pas travailler loin d’ici. Elle est vraiment jolie, charmante, à croquer. Du coup, j’en ai profité pour aller voir les noms, à l’entrée de son immeuble. Il n’y a qu’un seul nom qui ne soit ni un couple, ni un homme. C’est forcément elle : Stéphanie SIMON. Stéphanie. Stéphanie. Ça sonne bien, j’aime beaucoup. Je n’ai jamais rencontré de Stéphanie, intimement. Ce sera ma première. Pour peu que je trouve le courage de l’accoster et d’aller lui parler.

Elle

Je ne l’ai pas croisé depuis un moment, le bel inconnu de la boulangerie. C’est bien ma veine ! Pourquoi je n’ai pas sauté sur l’occasion pour lui parler immédiatement ? Qu’est-ce que je peux être cruche des fois ! La vie me tend des perches et je crois qu’il vaut mieux attendre un moment plus opportun ! Pffff, il a peut-être croisé une autre fille, moins timide, moins timorée, et la prochaine fois que je le rencontrerai ce sera trop tard pour moi, il ne me regardera plus jamais comme cette première fois !

Bon, allez, Steph, arrête de ressasser. Il faut se faire des connaissances maintenant. Je ne vais pas passer tout l’été à me lamenter, seule, et à ne jamais sortir ! Tiens, je vais peut-être inviter mes collègues à boire un verre un soir, le temps est tellement beau et chaud, on pourrait se retrouver sur une terrasse de café dans le quartier. Elles sont sympas ces filles…

***

Lui

Tiens, ce soir elle n’était pas seule.

Je l’ai vue entrer dans le bar à l’angle de la rue, avec d’autres filles. J’ai un bon angle de vue sur ce bar depuis mon appartement. Je me suis installé confortablement. Vont-elles aborder des hommes, rester entre filles ? Est-ce que Stéphanie est sage ? Ou au contraire est-elle fêtarde ? Va-t-elle rentrer chez elle en titubant ? Va-t-elle s’en retourner chez elle accompagnée du premier venu ?

Elle

Quelle soirée avec les filles ! Elles sont vraiment sympas mes nouvelles collègues. Virginie m’a proposé une journée shopping pour me faire découvrir les recoins de la ville que je ne connais pas encore ! C’est trop bien !!! Je suis bien contente.

Comme quoi, quand on se bouge pour faire le premier pas et rencontrer de nouvelles personnes, on ne le regrette pas ! Dommage que ce soir il n’y avait pas beaucoup de représentants de la gent masculine. Virginie m’a dit que la prochaine fois il vaudrait mieux venir dans ce bar le vendredi soir, quand les cadres de la banque d’en face vont boire un verre. Elle m’a assuré qu’il y avait des cœurs à prendre !!! Mais bon, en ce moment beaucoup d’entre eux sont en congés. Ce n’est que partie remise !

Ha quelle soirée ! Il faut que j’appelle Emma pour lui raconter…

***

Lui

Je l’ai revue ce soir. Quand elle rentrait du travail. J’ai cru croiser son regard mais elle a fait semblant de ne pas me voir. Quelle allumeuse ! Elle veut jouer l’indifférence ? D’accord, jouons ! Je préfère encore les approches construites dans la durée.

Elle est vraiment toujours aussi jolie et attirante.

Elle

J’ai revu le mec de la boulangerie. En rentrant ce soir, un mec me fixait en descendant la rue. Je n’ai pas fait attention et je suis vite rentrée chez moi. Mais il m’a laissé une impression de déjà-vu. Et en y réfléchissant c’était le mec de la boulangerie. Bizarre, il ne m’a pas du tout fait le même effet que la première fois. C’est pour ça que je ne l’avais pas reconnu.

C’est marrant, j’avais justement pensé à lui il y a peu de temps. Un soir, après avoir téléphoné à Emma pour avoir des nouvelles, je me suis brusquement souvenue de ce jour, début juin, où j’avais sauté sur le téléphone pour lui parler de l’inconnu de la boulangerie ! Et en me démaquillant ce soir je me demandais ce qui avait pu provoquer cet engouement. J’en ai croisé plein d’autres, des beaux mecs, depuis le début de l’été. Pourquoi celui-là me reste-t-il en tête différemment ? C’était peut-être l’effet du début de l’été. Maintenant que la rentrée arrive, l’ambiance morose revient : boulot-boulot et moins de sorties. Heureusement que Virginie est toujours tentée de faire des trucs, sinon je m’encroûterais dans cet appartement ! C’est quand même bizarre que j’ai eu autant de mal à reconnaître le type de la boulangerie tout à l’heure…

Bof, pas grave. J’essaierai d’être plus attentive la prochaine fois. De toute façon ce n’est pas les célibataires qui manquent dans cette ville ! Vivement la semaine prochaine, on sort au bar avec Virginie, et j’espère bien faire des rencontres !!! Je ne vais pas rester seule toute ma vie quand même !

***

Lui

Et la voilà à nouveau dans le bar de l’angle. Avec sa copine. Toutes les deux en mode allumeuses, là, il n’y a plus de doute.

Je suis sûr qu’elle fait ça pour me faire payer de ne pas l’avoir abordée.

Elle doit penser « t’as pas eu les couilles de venir me draguer ? Et ben tu vas voir ce qu’il se passe avec ceux qui en ont ! Et tu vas être aux premières loges ! ».

Alors voilà. Elle est là et elle drague ouvertement ces connards en costume juste sous mes fenêtres !

Je suis dégoûté. Elle me provoque ! 

Je devrais passer à autre chose mais elle est si belle, si pétillante, si craquante, et je la vois si souvent passer devant mes fenêtres. Comment ne pas penser à elle ?

Je vais quand même surveiller la rue jusqu’à ce qu’elle rentre chez elle, histoire d’être sûr qu’il ne lui arrive rien.

Elle

Drôle de soirée. J’ai rencontré un gentleman, il s’appelle Jean-Marc. Il est trop beau !!! Et il est trader, rien que ça ! J’ai direct appelé Emma pour lui raconter en rentrant. 

Parce que le bémol,  c’est qu’il m’a raccompagnée chez moi mais il n’est pas resté.

Dès qu’on s’est retrouvés dans la rue, il a semblé bizarre. Il regardait derrière lui, il avait l’air inquiet. Et sitôt en bas de chez moi il m’a remerciée, embrassée rapidement et il a filé.

J’espère qu’il ne m’a pas menti et qu’il n’est pas marié ! Je vois d’ici l’embrouille avec le mec qui a peur de se faire surprendre par sa femme… Et moi je veux une relation respectable !!!

Bon, je m’égare. Il était peut être préoccupé par autre chose. Et le temps n’était pas propice à discuter des heures sous le porche de l’immeuble ! La prochaine fois, j’essaierai d’être plus attentive pour voir s’il a la marque d’une alliance ou si des signes de présence féminine se cacheraient dans son attitude ou son look. Les mecs mariés ne s’habillent pas comme les célibataires. Je surveillerai mieux ça la prochaine fois.

On verra bien. Il doit me rappeler demain pour qu’on se fasse un restaurant la semaine prochaine. Vivement demain !

***

Lui

Elle est à nouveau sage.

Cette semaine elle est rentrée chez elle à l’heure, tous les jours après le travail. Et seule.

Elle est de nouveau disponible pour moi, ma belle Stéphanie adorée.

Elle

Il ne m’a jamais rappelée. 

J’étais tellement désespérée que j’ai demandé à Virginie de se renseigner. Pourtant je ne préfère pas passer pour la nana qui veut un mec à tout prix et qui se raccroche désespérément au premier connard qu’elle croise. Il ne te rappelle pas : oublie-le ! Suivant !
Mais c’est dur de se tenir à ses propres règles de vie. Je sais, je passe mon temps à faire des exceptions, mais avec Jean-Marc ça aurait pu le faire !

Virginie a demandé à son nouveau mec, qui travaille avec Jean-Marc. En fait, il s’est fait agresser en rentrant de la soirée, il a passé quatre jours à l’hôpital. Me revoir n’est pas à l’ordre du jour !

Je ne vois pas le rapport avec moi, je n’y suis pour rien. Quelle poisse avec les mecs ! Je vais finir vieille fille si ça continue…

***

Lui

Cette semaine elle a eu de la visite. Une fille que je n’avais jamais vue. Une fille de la campagne, c’est certain ! Elle avait l’air complètement perdue. Elle était touchante, elle aurait presque pu être à mon goût. Mais les femmes des autres ne m’intéressent pas.

Elle

Emma est venue me rendre visite ! Qu’est-ce que ça m’a fait plaisir !

Ses projets de mariage sont repoussés, ils attendent d’abord l’arrivée de bébé. Elle ne peut plus le cacher maintenant, avec son énorme ventre !

Elle a de la chance quand même : un gentil futur mari, une maison fraîchement construite, et bientôt une famille… Non, je n’ai pas le droit d’être jalouse ! C’est moi qui n’ai pas voulu de cette vie-là, de finir mère au foyer, sans carrière, sans autonomie, et complètement dépendante de son mari. Soumise à son bon vouloir !

Emma me dit que j’exagère mais je sais bien que j’ai raison. Si tu ne gagnes pas ta vie, le jour où il te quitte tu n’as plus rien, tu n’es plus rien !

Ici j’ai toutes mes chances pour me trouver quelqu’un de bien mais aussi de me faire une place, une vie à moi ! Indépendante, autonome, libre, vivante !

***

Lui

J’ai pris mes nouvelles habitudes. Toutes les fins d’après-midi, je vais lire mon journal au bar du coin. Je m’installe à la table de l’angle et j’attends. Fini la terrasse maintenant, mais à l’intérieur, derrière la grande vitrine, je suis super bien installé. J’attends de voir mon rayon de soleil de la journée rentrer chez elle. Stéphanie. Stéphanie adorée. Stéphanie à croquer.

Tous les jours tu rentres chez toi, bien à l’heure, bien en chair. Et tous les jours j’imagine ce que je pourrais te faire, comment je pourrais t’aimer.

J’aime bien fantasmer sur toi sans que tu le saches. C’est ma façon de prendre mon temps. Quand je t’aurai abordée ce sera fini. Il n’y aura plus ce plaisir à t’imaginer, à inventer les réactions que tu pourrais avoir, à deviner le goût de ta peau, l’odeur de tes chairs, le son de tes cris, de tes soupirs. Non, il n’y aura que le réel avec le risque d’être déçu et de ne plus pouvoir rejouer la scène.

Alors pour le moment je profite de toi à distance. Et mon imagination débordante m’apporte déjà beaucoup de scénarios forts en émotions.

Elle

Je l’ai encore vu. Toujours là à m’espionner. S’il croit être discret c’est loupé. Je sais qu’il me regarde depuis le bar du coin. Je n’y mets plus les pieds à cause de lui, pour ne pas le croiser. Il est trop bizarre ce mec, finalement. Ce n’est pas normal ! Si je lui plais, il me parle. Si je ne lui plais pas, il m’ignore. C’est sûrement un débile doublé d’un asocial, ce n’est pas possible d’être tordu à ce point ! Faut qu’il me lâche les baskets parce que je ne vais pas supporter ça longtemps !
Avec ce vent et cette pluie je suis énervée pour un rien, je n’ai pas besoin en plus d’un tordu qui me reluque à chaque fois que je mets un pied dehors !

***

Lui

Elle a bien failli tout gâcher !

Elle est venue me voir et me parler ! Comme ça, directement !

C’était tellement inattendu, je ne m’y étais pas préparé, et je n’ai pas su quoi lui répondre !

Quel con !

Enfin, tant pis pour moi. Je l’ai bien cherché. Je n’étais pas malin de me coller à la vitrine du bar tous les jours juste pour la voir passer. Je te pardonne jolie Stéphanie. J’ai dû te faire peur, à te dévorer des yeux à chaque fois que tu rentrais chez toi. Notre belle rencontre aura bien lieu, elle n’est que partie remise …

Elle

C’est bien ce que je pensais. C’est un débile. 

Je suis entrée dans le bar avant qu’il n’ait commencé à me suivre des yeux. Il ne m’avait pas vu arriver dans ma grande parka noire et plaquée derrière mon grand parapluie.

Ah ! Il ne s’y attendait pas à ce coup-là !

Je lui ai dit direct que j’avais remarqué qu’il m’espionnait tous les jours et qu’il avait intérêt à arrêter ça tout de suite ou je portais plainte pour harcèlement !

Il est resté scotché, le con !

Il a juste bafouillé « oui mademoiselle, excusez-moi de vous avoir importuné ».

Pfff l’abruti, s’il croit que ça m’intéresse les pauvres types qui parlent comme au siècle dernier !

Et tout cas, je pense que j’en suis débarrassée. Bien joué ma petite Steph !

***

Lui

Le temps est compté. Maintenant il faut que je me prépare et que j’aborde la jolie Stéphanie avant que l’oiseau ne s’envole. Elle n’est plus la jeune fille peu sûre d’elle des premiers temps. Elle devient une femme qui s’assume, elle s’éloigne un peu de mon fantasme. C’est donc maintenant ou jamais.

Elle

Je l’ai encore vu. 

Bon il rentrait sûrement chez lui, il n’habite pas loin. Mais son regard me fait peur. Il est vraiment taré ce type ! Il faut que je déménage, que je m’éloigne de cette rue et de ce tordu ! Il commence à vraiment me faire peur.

On ne va pas me faire croire que c’est le hasard que de croiser sans arrêt ce type alors qu’on ne passe plus du tout de temps dehors avec le temps qu’il fait !

Je me monte peut-être la tête pour rien, ça doit être à cause de toutes les décorations d’Halloween qu’il y a partout, je me fais des films.

Mais bon, ce ne serait pas une si mauvaise idée de déménager. Maintenant que je connais mieux la ville, je pense que ce quartier n’est pas forcément le mieux pour moi. Et ce n’est pas ici que j’aurai le plus de chances de rencontrer un bon parti.

***

Lui

Ça y est. Je suis allée la chercher. Je l’ai emmenée avec moi pour notre escapade d’amoureux.

Elle est vraiment parfaite, telle que je l’avais imaginée.

Bon, je pense qu’elle n’apprécie pas le cadre à sa juste valeur. Mais je ne peux pas lui en vouloir, elle qui a quitté sa campagne qu’elle jugeait pourrie. Mais moi je préfère ce cadre rural à notre ville puante et bruyante. Ici tout est calme, reposant. Et on n’est pas dérangés.

***

Lui

Le premier soir elle a été plus bruyante que je ne l’imaginais. Quelle voix !!!

Mais tout était parfait !

Sa peau, son odeur, son goût, tout était comme je l’avais imaginé. Peut-être même mieux ! Elle a une fougue inimaginable ! Et des yeux de biche, de superbes yeux, maintenant que j’ai pu les voir de près. De grands yeux humides, suppliants, tellement expressifs ! Tu es magnifique Stéphanie !

Comme quoi ça valait vraiment le coup d’attendre, j’ai bien pris mon pied, plus que si je m’étais approprié la petite Stéphanie plus tôt.

Je vais dormir quelques heures. Je veux être en forme pour elle demain.

Malheureusement elle perd vite en énergie, elle se fatigue. J’espère qu’elle va récupérer un peu elle aussi. Ce serait dommage que notre escapade d’amoureux s’achève trop vite.

***

Elle

Mon Dieu, qu’est-ce qu’il m’arrive ?

Je suis sortie de chez moi et il m’est tombé dessus. J’ai eu cette douleur dans le dos, je ne pouvais plus bouger. Ensuite il m’a mise dans cette voiture. J’ai paniqué, j’ai eu tellement peur que je n’arrivais plus à respirer et puis plus rien. J’ai dû m’évanouir.

J’ai peur ! J’ai mal !

Je me suis réveillée dans cette cabane pourrie.

J’ai froid. J’ai peur.

Et il parle. Il me raconte tout ce qu’il a fait pour moi, à quel point il a préparé notre rencontre. Il appelle ça une rencontre ?

J’ai peur ! Je vais mourir !

Venez m’aider ! Quelqu’un ! Au-secours ! J’ai été kidnappée par un cinglé, venez m’aider !

Il m’a menacé avec sa matraque électrique, il m’a dit de la fermer, que personne ne pouvait m’entendre ici.

Pourquoi ?

Pourquoi moi ? Pourquoi ça ? Qu’est-ce que j’ai fait pour que ça m’arrive ?

J’ai tellement mal. Je n’en peux plus.

Je vais mourir là, comme une conne, attachée et bâillonnée dans une cabane délabrée, paumée je ne sais où.

Je n’ai plus de forces. Je saigne beaucoup, je vais finir de me vider et je vais crever là. Personne ne me retrouvera jamais.

J’ai hurlé, j’ai pleuré mais personne ne m’a entendu, personne n’est venu m’aider. 

Depuis combien de temps ça dure ? J’ai si mal.

Ce cinglé m’a mordu. Puis il m’a… mangée !!! 

Je n’arrive pas à y croire. Il m’a bouffé les poignées d’amour, la peau du ventre. Et ce matin, les seins.

La douleur, horrible. La peur. Les tempes qui tapent. La douleur qui augmente encore. Puis rien. Je me suis évanouie.

Il a dû arrêter pendant que j’étais inconsciente parce que j’étais dans le même état au réveil.

Il avait mis des bandages sur mes flancs. Il veut sûrement me garder en vie le plus longtemps possible. J’espère que je vais crever vite maintenant. Ça lui enlèvera ça, au moins, comme plaisir.

Par la fenêtre crasseuse je peux voir des arbres, comme morts, sans feuilles. Sans vie, comme moi bientôt. Quand il a ouvert la porte j’ai vu un étang gelé. Le ciel est blanc, il fait si froid. Il va neiger, je le sens.

Salaud !

Moi qui rêvais de quitter ma campagne, tu m’as emmenée dans cette propriété déserte, au milieu de nulle part, pour que je crève chez les péquenauds ? Moi qui rêvais d’une belle rencontre sous un cerisier, en été, tu vas me laisser mourir près d’une mare puante, en plein hiver, sous des arbres morts ? Oh merde, il va me mettre dans cette foutue mare ! Personne ne me retrouvera jamais !

Je suis épuisée. J’ai mal, tellement mal. J’ai froid. Mais heureusement que j’ai froid, ça m’endort finalement. Je suis de plus en plus engourdie. Je ne sens plus mes pieds. Ni mes doigts. Est-ce que je les ai encore ?

La fin approche. Je n’arrive plus à rester éveillée ni concentrée. Je ne comprends plus ce qu’il me dit.

Après la douleur et la peur, le froid.

Avec le froid, la résignation.

Après la résignation, l’abandon.

La vie me quitte, je sens que c’est fini. C’est déjà une bonne chose : la douleur et la peur s’en iront avec moi. 

Je l’ai rencontré sous une neige d’été, j’aurais dû me méfier, ce n’est pas la « vraie » neige, ce n’est qu’une apparence. Tout va s’achever avec cette neige d’hiver, là, il n’y a plus de faux-semblants. Mais c’est dommage de voir ce qu’il est maintenant. C’est trop tard.

***

Lui

Après la traque, la capture.

Avec la capture, son regard de terreur.

Puis la haine, la tentative de fuite, toute l’énergie déployée pour survivre.

Ensuite la résignation et cette lueur qui s’éteint, lentement, progressivement, dans son œil.

Que c’est beau !

Tu m’as tant apporté Stéphanie ! Merci.

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